7 mai 2011

L'amie médiocre

Je suis nulle dans le réconfort. Je suis une bien piètre amie. J’excelle dans le claque dans le dos, dans les coups de pied au cul, dans le shakage de cage. Mais quand il n’y a aucune cage à brasser, que de petits morceaux à ramasser, honte sur moi, je suis nulle.

J’aimerais tant te consoler, te dire de jolies choses, je me sens maladroite. J’aimerais te prendre sous mon aile, te faire de la soupe aux nouilles, flatter ton visage quand tu pleures, mais je ne sais pas comment.

Certes je t’aime, oui je t’aime, l’amour avec moi, ça vient en package deal quand t’es mon amie. Je sais que mon amour ne te suffit pas, j’aimerais trouver les mots, pas capable. La seule chose que je peux faire c’est t’aimer, à distance en plus. Je trouve ça tellement poche.

Chaque fois que je te parle, après je me trouve conne. Je suis une bien piètre amie. Chaque fois que je te lis, le cœur me casse. Ça me touche, je ne veux pas que tu es mal, personne n’a le droit de te faire de mal, ça me tue te voir souffrir, je déteste ça. J’aimerais t’apporter ce que tu as besoin, t’aider dans tout ça, transporter ton divan à bout de bras, n’importe quoi, mais je sais pas… c’est ça le truc, je sais pas!

Sais pas quoi faire, sais pas quoi dire, sais pas comment réagir, sais pas comment faire.

Je voudrais te faire un petit cocon de coton, pour que tu puisses te lover, écouter des That70show en mangeant des chocolats. Je passerais trois boîtes de kleenex pour toi mon amie! (Tu vois, même ça, je trouve ça ben cute, mais je sais que ça ne changera rien)

Inutile et impuissante. Voilà ce que je suis. Je suis peut-être une bien piètre amie, mais je t’aime en criss!

3 mai 2011

Le deuil

♪«And tell me your own politik»

Je n’aime pas parler de politique. À vrai dire, ce n’est pas un sujet j’affectionne particulièrement. Quoique bon, comme tout le monde, je suis préoccupée par l’avenir de mon pays, par les valeurs que celui-ci inculquera aux générations futures, par les différents enjeux sociaux. Bref, ça m’intéresse, mais pas de là à en faire un discours fréquent dans ma vie de tous les jours.

Aujourd’hui, je suis triste et je suis déçue. Je suis une endeuillée politique. J’ai l’impression de ne pas comprendre le reste de mon pays. J’avoue même avoir peur un peu de ce qui s’en vient. Je me sens comme si tous mes droits étaient bafoués d’avance.

Certes, le Québec s’est levé, il a parlé fort, il a dit qu’il voulait changer. La vague orange qui a balayée notre province en est une preuve. Toutefois, les résultats globaux me plonge dans une grande incertitude. Je ne comprends pas le reste de mon pays. J’ai toujours été consciente que le Québec était un peu à part et pas seulement par cette langue qui nous distingue, notre différence est bien plus grande qu’une histoire de langage. On l’a bien vu hier!

En tout cas, aujourd’hui j’aborde le noir, comme une veuve. Qui sait, peut-être que bientôt, j’écrierai en anglais, j’aurais une marque au fer chaud sur la nuque et un code barre sur les fesses! N’empêche que dans mon cœur, il y aura toujours une fleur de lys qui pour moi, sera toujours synonyme de liberté.

J’aime ma province et je suis fière de nous. En tout cas, nous-autres, ils ne nous ont pas eus!

27 avril 2011

La berlue inspire

♪«Incognito!»

J’aurais aimé avoir été capable de garder mon calme lorsque j’ai vu son nom sur l’afficheur. J’aurais aimé ne pas avoir les jambes molles lorsqu’il a osé dire ton nom. Ton putain de nom! Comme si je ne l’avais pas assez entendu, assez lu, assez tu! Me fondre à jamais dans le silence de l’absence de ton nom.

La prochaine fois, je frencherai un inconnu, un vrai, un pas connu pantoute. Je frencherai l’invisible. Je me camouflerai dans ses bras puis il m’enveloppera de son anonymat.

***

♪«Your heart is as black as night»

De mes yeux vu, de mes oreilles entendu, de ma bouche parlu. L’étrange berlue de l’hurluberlue.

***

♪«Les étoiles, les étoiles, les étoiles»

L’inspiration n’est pas quelque chose qui se commande. On ne sait jamais trop quand ça nous frappera. Bien moi, un soir, c’est revenu. J’ai dû courir un crayon et une vieille enveloppe de compte d’Hydro. Je me vois encore, courir dans la cuisine comme une poule pas de tête, me répétant la phrase sans cesse, pour ne pas l’oublier, pour ne pas la laisser s’échapper, Dieu que je voulais la garder, pour moi, cette phrase.

Cette phrase, salvatrice de tous mes problèmes, celle qui me fera enfin sortir de mon quotidien pour encore une fois me réfugier parmi les lettres, les mots, mes amis. Comme si elle allait me sauver la vie, me sauver le cœur.

Un exutoire divin, à sa manière. À la manière qu’il a d’être le mien. Moi, les mots, mon chien, personne d’autre. Le bruit des touches, la pluie, la petite lumière sur le bord de mon bureau, je me retrouve enfin.

20 avril 2011

Le vide incommodant

♪«Let me catch my breath»

Lorsque je pourrai te conjuguer au passé. Quand j’arrêterai de verser dans la curiosité morbide. Mes lettres, privées de destinataire, je pourrai enfin respirer. Lorsque j’entendrai ton nom et que mon cœur ne voudra plus sortir de ma poitrine. Quand le téléphone sonnera et que je ne penserai plus que c’est toi qui reviens. Mon être, privé de toi, je pourrai enfin respirer.

Lorsque j’aurai la force de te conjuguer au passé. Le présent, plus léger, je pourrais enfin respirer. Quand l’espoir de te croiser par hasard m’aura quitté, tu me quitteras enfin avec celui-ci. Ma tête, vidée de nous, je pourrai enfin respirer.

Je souffre d’apnée de toi.

***

♪«Te quitter est trop difficile»

Je reste assise là, devant la page blanche. Mes personnages ne me parlent plus, ils me boudent. Ils ne veulent plus me montrer où ils s’en vont, ils se cachent. Ils ne me montrent plus de bribes de leurs passés, ils se sont tus. Ils t’ont laissé toute la place et ça me fait chier.

La page blanche de se noircie plus. Mes doigts ne courent plus sur le clavier pour suivre l’histoire. Mes crayons, plus que jamais inutiles, dorment dans le fond de ma sacoche. Je ne cours plus les bouts de papier qui trainent parce qu’un d’eux vient de me faire une confidence.

Ils ne me murmurent plus rien, le silence. S’ils me parlent, tu es leur sujet principal, ils me disent combien ils ont hâte de te voir sortir de ma tête. Ils ne t’aiment pas, ils me l’ont bien fait comprendre. Tu prends toute la place et ça les fait chier.

Tu ne peux pas t’intégrer à l’histoire, tu ne cadres pas dans le décor. Tu devrais sortir, comme tu es entré, rapidement, sans prévenir, en silence, à pas de loup. Quitte-moi. Quitte mes pages blanches. Laisse-moi ne plus les noircir de toi.