20 mai 2012

Les choses


♪«Because the greatest love is always ruined by the bickering»

Je voulais les choses différentes, j’ai opté pour les choses interdites. Les choses qu’on ne dit pas, les choses qu’on camoufle, celles qu’on vomit en cachette dans les toilettes d’un bar miteux. Je me suis auto-dégueulée. J’ai perdu mon cœur, on m’a volé mon panache ; je suis un petit tas désabusée de moi. J’ai voulu les choses différentes, je me suis ramassée avec pas grand-chose. 

Je suis prise au piège dans le royaume du pas grand-chose. Une couronne de cure-pipes sur la tête, je suis reine du pas grand-chose. Je suis maître de mon propre désastre.  

J’aurais voulu les choses différentes, celles que l’on crie sur les toits, celles qui nous éclatent le cœur en un millier d’étoiles filantes. Je ne pleurerai pas le fait que je fais probablement finir seule. Le chaos amoureux n’est pas la fin du monde. Mon monde ne s’écroulera pas pour ça et s’il le fait, je resterai là, debout, fière, forte, avec une couronne de cure-pipe sur la tête!  

***
♪«Will it replicate?»

Le bonheur n’est pas une personne. Je ne suis pas le bonheur. Un jour, je trouverai quelqu’un qui pensera que j’en vaux la peine.

13 mai 2012

14 étages et un taxi


♪«I’m ambicious when giving up»

Du haut du 14ième étage, j’ai regardé la ville. De loin, j’ai regardé mon appartement, de proche, j’ai regardé l’inconnu. J’ai voulu me perdre dans son regard, j’ai voulu me sentir femme à nouveau, du haut du 14ième étage, j’ai cherché mon reflet dans la fenêtre mais je n’ai vu que celui de l’inconnu. Je me suis oublié en regardant par cette fenêtre, je me suis oublié en me couchant dans ce lit, en embrassant l’inconnu. 

S’oublier pour se retrouver, se perdre dans le regard de l’inconnu, chercher son reflet dans la fenêtre ; du 14ième étage, j’ai sauté. Pieds joints, mains liés, 100$ pour pas grand-chose. 

Là où le 13ième étage n’existe pas. Je me suis coincée dans un regard, dans un lit trop grand, j’ai espéré retrouver tout en voulant perdre. Balayer l’amertume, devenir un fantôme, soulever la honte, la cacher sous les draps, se retrouver nue devant l’inconnu.   

À 4h30, j’ai pris un taxi, j’ai regardé l’inconnu s’éloigner. Un reflet étranger dans la fenêtre côté passager, c’était le mien. Du haut du 14ième étage, je suis devenue l’inconnue de quelqu’un. Dans un taxi à 4h30, je me suis retrouvée un peu perdue.

28 avril 2012

Le retour de la flaque


♪«Mais aujoud’hui ma vie c’est d’la marde»

Je me suis retrouvée là où les mots ne veulent rien dire. Comme l’amour bohémien perdu dans une ville trop grande, beaucoup trop de gens, beaucoup trop de gens. Comme une adolescente rachitique cachant ses tibias dans un pantalon bouffant. Cacher ses formes, former un tout, cracher ses formes, ne rien former du tout. Troquer sa verve, éponger sa peine, se taire, se taire, se taire.  

Je me suis retrouvée là où les mots ne veulent plus rien dire. À boire du thé en écrivant des lettres d’amour ridicules sur des napkins cheaps de restaurants cheaps. Je les ai épinglées sur le mur en souvenirs de rien. J’aurais voulu les choses différentes. J’aurais préféré te voir pratiquer tes coupes de viandes sur un orignal. J’aurais voulu les choses différentes. J’aurais apprécié garder mon panache. 

Je me suis retrouvée là où les mots ne veulent rien dire. Mon cœur, sorti de sa petite boîte de carton brun. Mon cœur, exposé sur le blanc de la neige. Mon cœur, explosé sur un banc de neige. L’hiver à fondu laissant là, une petite flaque de rien au beau milieu de la rue. Éponger, se taire, se taire, se taire.

Là où les mots ne veulent plus rien dire. Là où mon mutisme gorge mes yeux. Éponger. Je suis une petite flaque de rien, au milieu de la rue, s’épongeant en silence.  
  
Tu as accroché un panache sur ton mur de chasse. J’ai épinglé des napkins sur un mur de rien… well… la vie c’est d’la marde!  

29 décembre 2011

Nobert Cormier

Les fruits du cormier derrière la maison sont bien rouges. Comme s'il s'était auto-décoré pour Noël. Complètement gelé, il offre son sorbet amer aux oiseaux. Ils semblent se régaler, je ne comprends pas.

Quand j'étais petite, nous avions un cormier devant la maison, il s’appelait Norbert. Je ne me rappelle plus pourquoi, mais l'idée que mes parents donnent des prénoms aux arbres me plait bien.

Je me rappelle des enfants de mon ancien quartier. Je me rappelle des guerres de cormiers. Nous prenions le maximum de petits fruits, plus nous pouvions nous en rentrer dans la bouche, plus nous étions satisfaits. Puis, dans un élan sans fin, nous les soufflions le plus fort possible afin de transformer notre bouche en véritable mitraillette naturelle.

Je me rappelle des rires, de tous ces enfants courants autour de l'arbre, agrippant toutes les munitions que leurs petites mains pouvaient contenir. Je me rappelle de Norbert, l'arbre roi, le marchand d'armes, devant la maison.

Toutefois, ce que je me rappelle le plus, c'est le goût de ces petits fruits. J'ai souvenir de leur saveur âcre, lorsque l'un d'eux, telle une ogive, explosait dans ma bouche. Je me souviens de cette subite envie de vomir sur le pavé tellement c'était insupportable.

Ce matin, je regarde les oiseaux se régaler dans le cormier... je ne les comprends pas.